5 août 2016

Chronique de Patrick Campeau: Ciblez la végétation

Plusieurs amateurs semblent malheureusement être herbophobes, car dès qu’ils attrapent une brindille d’herbe ou qu’ils voient un herbier ou une baie garnie de plantes aquatiques, ils veulent enfourcher leur quad et changer de plan d’eau.

Certains d’entre eux ont tellement horreur que leur offrande accroche des herbes au passage, qu’ils arrêteront de pêcher. Ils auraient pourtant avantage à savoir qu’il y a des leurres et des techniques qui leur permettraient de faire de belles captures au cœur de ces endroits.

Les adeptes expérimentés savent que tous les types de structures peuvent abriter des poissons. Ces derniers les utiliseront pour se cacher afin de se sentir en sécurité et/ou se prélasser, afin de se camoufler pour chasser leurs proies ou pour éviter d’en devenir une, etc.

 

Les lignes d’herbe

Lorsqu’on parle de lignes de végétation aquatique, il faut savoir qu’il n’y en a pas deux qui se ressemblent. Elles ont des tailles, des formes et des densités différentes, en plus d’être composées d’une ou plusieurs espèces végétales. Leur design les rend toutes uniques. La complexité apparente de leur architecture pour un pêcheur peut représenter des avantages incroyables pour les poissons qui les côtoient. Chaque bifurcation, contour, ligne droite ou autres angles quelconques peut occasionner une zone de transition, de repos ou délimiter leur territoire.

Il y a tout d’abord les lignes d’herbe émergentes qui sont vraiment faciles à localiser. Leurs racines sont fixées au fond de l’eau, mais la quasi-totalité de leurs organes émergent au-dessus de la surface des eaux. Elles sont habituellement constituées de quenouilles, de rubaniers à gros fruits, de sagittaires à larges feuilles, de scirpes d’Amérique, de scirpes des étangs, etc. Elles peuvent avoir une forme linéaire droite, sinueuse, anguleuse, circulaire, etc. Ces dernières plairont beaucoup à l’achigan à grande bouche, au brochet, quelquefois à la petite bouche, etc.   

Puis, il y a les lignes d’herbe submergées. La presque totalité de ces plantes croissent et vivent sous l’eau. Les espèces les plus fréquemment rencontrées sont le myriophylle de Sibérie, la cornifle nageante, l’élodée du Canada, les différentes variétés de potamots, ainsi que l’herbe aquatique la plus répandue au Québec le long du couloir fluvial, la valisnérie d’Amérique. Toutes les espèces de poissons qui ne vivent pas en suspension dans la colonne d’eau, comme certains salmonidés, fréquenteront à un moment ou un autre certains types d’herbiers, en ligne. Pensons notamment à la mouchetée, au doré, au brochet, au maskinongé, à la perchaude, à l’achigan, etc. Lorsqu’elles poussent et qu’elles montent à proximité de la surface, il est relativement facile de les localiser en se servant d’une bonne paire de verres polarisés. Il faut toutefois savoir qu’elles prendront racines jusqu’à des profondeurs de 12 à 13 mètres de profondeur. Il vous faudra alors vous servir d’un sonar afin de les retracer et afin de pouvoir les suivre.

 

Approche et identification

Quand vous naviguez sur un plan d’eau et que vous êtes à la recherche des lignes d’herbe submergées, je vous recommande de circuler lentement, à l’aide de votre moteur hors-bord. N’ayant habituellement pas de point de repère à proximité, je vous suggère fortement d’avoir en votre possession, trois bouées d’identification, de couleurs différentes. Dès que vous localiserez une ligne d’herbe qui vous semble intéressante, lancez-en une première. Ralentissez maintenant la cadence de votre engin ou encore mieux, utilisez un moteur électrique pour vous déplacer à pas feutrés. Tentez de suivre les herbes jusqu’à leur extrémité. Servez-vous d’une deuxième bouée pour bien identifier la fin de cette structure. Puis, revenez sur vos pas, jusqu'au premier dispositif flottant et continuez dans le sens opposé jusqu'à ce que vous trouviez l’autre bout de la ligne d’herbe. Identifiez son emplacement avec votre dernière bouée. Dans bien des cas, la ligne d’herbe ne sera pas visible à l’œil nu, mais la trajectoire indiquée par les bouées, vous donnera avec une certaine précision la position de cette dernière.

 

Techniques

Ce qui est merveilleux de ce type de structure composée de plantes aquatiques, c’est que les poissons peuvent nager le long de celles-ci, s’en servir comme point de repère et les suivre comme une route lors de leurs déplacements. Encore mieux, ils peuvent pénétrer à l’intérieur de la végétation aquatique et en ressortir à leur guise.

La pêche au brochet avec des cuillères métalliques comme la Williams Wabler, la Crusher, La Syclops, etc., est vraiment super productive. Il peut être parfois astucieux d’exploiter les lignes d’herbe et étant directement au-dessus de celles-ci. Je préfère toutefois me placer en retrait à deux ou trois mètres de distance de la ligne et la suivre de façon parallèle en me servant d’un moteur électrique. Je ferai alors des lancers le long de la ligne d’herbe, puis j’en ferai en angle au-dessus de celles-ci et finalement plus vers l’extérieur. J’opterai tout d’abord pour une vitesse de nage rapide pour faire réagir les carnassiers aux longues dents qui sont les plus agressifs. Par la suite, je ralentirai la cadence. Je me servirai alors de cuillères anti-herbe telle la Timber Doodle, qui me permettront de me faufiler au cœur de l’action, directement dans les herbes. Lorsque je me sentirai retenu par certaines plantes, j’inculquerai un brusque coup pour m’en libérer, tout en continuant à la récupérer.

La technique que j’aime personnellement le plus, consiste à me déplacer directement au-dessus de la ligne d’herbe avec mon embarcation et d’utiliser un poisson-nageur que je récupérerai le long de la végétation. Je lance mon Live Target très loin et je commence ma récupération. Si j’accroche des joncs, j’applique deux ou trois motions brutales afin de m’en défaire. Je débute le plus près possible de la ligne et je m’en éloigne par la suite d’un demi-mètre puis d’environ un mètre et demi. On ne peut pas employer n’importe quel devon. Il faut vraiment prendre en considération la portée de sa plongée pour descendre suffisamment profondément, sans toutefois s’accrocher dans chaque plante aquatique. L’été dernier, en me servant d’un Yearling Crankbait, qui plonge à près de trois mètres de profondeur, j’ai attrapé des dorés, des achigans à grande et à petite bouche, des brochets, des maskinongés et même des barbues. C’est incroyablement plaisant et productif de pêcher ainsi.  

Une autre façon qui a fait ses preuves consiste à pêcher à la traîne, le long des lignes d’herbe. C’est de cette façon que j’ai réussi à capturer mes plus grosses mouchetées à vie ainsi que de très beaux dorés. Pour l’omble de fontaine, il suffit d’utiliser une cuillère métallique comme la Lake Clear Wabbler, la Mooselook Wobbler, la Flasher ou la Nipigon et un bas de ligne avec un petit hameçon anti-herbe. Pour le doré, on optera pour un harnais à ver. On installera un ou deux petits lests à la hauteur de l’émerillon de tête pour le faire caler à la profondeur désirée. Introduisez les hameçons de façon à ce que leur pointe soit encore à l’intérieur du ver. Lorsque vous pêchez ainsi, il est important de bien suivre les pourtours de la végétation. Lorsque la ligne d’herbe est relativement droite, on peut tenter sa chance loin derrière. Si ce n’est pas le cas et qu’il y ait plusieurs bifurcations, vous devrez l'exploiter plus près de l’embarcation, pour ne pas toujours accrocher les herbes.

 

Bonne pêche !

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Patrick Campeau

Pêcheur Professionnel

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